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Conseil municipal du 9 décembre 2004

Budget primitif 2005, intervention de Christophe Porquier

M. PORQUIER - : Nous parlons ce soir du budget dans un hôtel de ville aux portes verrouillées. En matière d'accessibilité, parlons aussi de l'accès des citoyens au débat public. Je me rappelle d'une époque où la suppression des grilles de l'hôtel de ville avait été présentée comme un symbole de la possibilité pour les citoyens de venir ici, dans leur maison. Mais les actes sont là. Ce soir, quand il y a 50 manifestants dans la cour de l'hôtel de ville, il faut transformer le bâtiment en Fort Knox car l'ordre public semble menacé.

Nous avons eu un débat d'orientations budgétaires il y a quelques semaines. Je rappelle notre priorité qui consiste à inscrire l'action publique dans le sens du respect de l'environnement, de l'aide aux plus démunis, de faire d'Amiens une ville attractive, agréable, où chaque résident trouve sa place, où chaque quartier est inscrit dans un projet cohérent et solidaire. Pour agir de la sorte, nous n'avons pas peur d'assumer une utilisation de l'argent public qui soit offensive, dynamique, visant à investir dans l'intérêt des Amiénois d'aujourd'hui mais aussi de demain, en observant une responsabilité régionale et même au-delà par rapport à un intérêt qui nous dépasse, européen et même planétaire sur des questions sensibles comme l'environnement en particulier.

Dans ce budget, il y a d'abord "La Ville aux Enfants". C'est une bonne chose de voir ainsi un budget abondé pour s'occuper de la jeunesse et de l'école. Voilà 3 ans qu'avec les autres groupes de l'opposition les Verts font des propositions pour que la jeunesse, les écoles soient mieux prises en compte et toutes les réunions qui ont eu lieu nous ont permis de prendre le pouls de cette demande qui existe chez les Amiénois. Il aura fallu 3 ans mais, heureusement, cette demande est enfin entendue et nous nous félicitons qu'une priorité soit donnée sur ce sujet capital. Toutefois faire ressortir uniquement une ligne de budget selon les nécessités de communication que vous vous êtes vous-mêmes prédéfinies en dit long sur la façon dont le reste de ce budget est opaque. Il y a de plus d'opacité, de recoupements, de glissements, des lignes passent à zéro et deviennent incompréhensibles entre les budgets de secteurs, de la Métropole. Un jeu de bonneteau se fait entre les différentes lignes budgétaires, ce qui ne permet pas de comparer les thématiques entre elles, ni même les budgets annuels entre eux. Ce budget reste profondément confus, éloigné des citoyens qui voudraient s'y intéresser et même des élus qui voudraient travailler dessus de façon constructive.

Cette priorité de "La Ville aux Enfants" permet d'avoir un axe de communication fort pour la municipalité par rapport à des actes qui, je l'espère, vont suivre. Mais cela ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt d'une politique municipale libérale, une vraie politique de droite dans cette ville.

Tout à l'heure, je vous voyais sourire quand notre collègue évoquait le MEDEF. Mais le MEDEF est un vrai sujet local aujourd'hui. D'ailleurs, son premier responsable départemental siège au sein de la SEM Amiens Aménagement.

Au travers des investissements réalisés à travers ce budget, nous contestons un certain nombre de points tout à fait emblématiques de cette politique de laisser-faire, notamment la poursuite de la politique du tout-automobile qui est consacrée par le financement des parkings souterrains. Nous préférerions voir financer des parkings-relais aux abords de la ville qui viendrait s'appuyer sur un réseau de bus performant.

La ville qui s'étend en tâche d'huile est un autre problème, avec la part belle faite aux ZAC, au logement privé. C'est un aveu que la Ville cède son action politique au marché qui régulera cette question à sa place.

Le traitement sommital de la Tour Perret, réalisé au nez et à la barbe des Amiénois pendant que des personnes sont démunies, sans logement, sans réseau de bus, quel sens cela peut-il avoir ? D'autant qu'il s'agit d'un dossier extrêmement coûteux puisque ce ne sont pas seulement les travaux qui sont en cause mais également l'acquisition de logements pour devenir majoritaire dans la co-propriété. Ce chantier s'éternise et laisser si longtemps l'échafaudage en augmente le coût. Finalement, comme les apprentis sorciers qui transformaient le plomb en or, vous avez réussi à transformer un sommet en gouffre.

Avec ces sommes qui pourraient être bien mieux utilisées, votre action municipale piétine. Elle est sans autre projet que de laisser la loi du marché réguler la ville. On voit les résultats : des embouteillages, la crise du logement. On met en avant l'illumination des façades, ce qui est une gabegie tant énergétique que financière, pendant que le budget énergie de certaines personnes les conduit au surendettement et à rencontrer de réelles difficultés pour se chauffer en plein hiver. On marche sur la tête.

Nos amendements doivent donc être entendus comme des priorités, qui ne sont pas du tout les mêmes que les vôtres, pour donner des signes positifs en faveur de la démocratie locale, d'une autre politique des déplacements. Nos chiffres peuvent paraître de l'ordre du symbole puisque nous ne proposons pas de projets précis : nous n'avons pas à notre disposition les services de la Ville pour les élaborer. Ce sont d'autres orientations qui sont proposées aux Amiénois.

L'amendement n°8 propose un crédit supplémentaire d'1 million d'euros en faveur de l'action sociale. Il faut bien entendre l'action sociale au sens large : non pas seulement aider les plus démunis mais, par exemple, l'action sociale et culturelle dans un quartier comme Etouvie. Vous avez fait votre cible d'un centre socio-culturel qui travaille sur place. A notre avis, il s'inscrit aussi dans l'action sociale d'un quartier. C'est une mixité d'actions d'ordre social et culturel qui peut se faire dans un tel quartier.

Par l'amendement n°9, nous proposons un fonds de concours pour les modes de déplacement alternatifs : parc-relais, couloirs de bus et pistes cyclables. Depuis longtemps nous défendons une action réellement volontaire sur ce sujet. Elle ne vient pas, il y a toujours dans cette ville un réseau de bus insuffisant, un réseau vélo insuffisant et une politique des transports qui reste exclusivement tournée vers l'automobile. Même des projets comme celui de l'hôpital sud sont encore entièrement tournés autour de ce modèle. Il est temps d'en changer.

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