Les élus Verts au Conseil Municipal d'Amiens
Conseil municipal d'Amiens du 4 novembre 2004
Beaucoup de chose on déjà été dites, donc je vais être assez bref. Comme vous le savez, nous avons toujours considéré que la ville devait avoir les moyens d'intervenir et de mettre en œuvre sa politique. C'est pourquoi nous n'avons jamais défendu le principe d'une baisse des impôts, une baisse de la fiscalité. Mais ceci ne doit pas occulter le débat sur l'utilisation de ces impôts. Et ceci ne doit pas non plus nous exonérer d'une réflexion sur les tarifs qui contiennent des mesures qui peuvent s'avérer discriminatoires pour de nombreux publics. En particulier dans les équipements sportifs, culturels, les équipements de loisirs, dans les cantines. Les tarifications et les couches de barème posent des problèmes et il faut les réévaluer pour garantir une réelle accessibilité pour tous. C'est un enjeu de justice sociale et de justice fiscale sur la ville.
De même, la façon dont le débat sur l'impôt a été posé. Mais ça a déjà été un peu dit par mon collègue Daniel Leroy sur l'emprunt. On ne peut pas simplement se contenter de la ritournelle sur le fait que les emprunts sont les impôts de demain. Quand des investissements sont lourds et qu'ils s'échelonnent parfois plusieurs décennies, il n'y a rien d'illégitime, absolument rien d'illégitime, a ce que la dépense soit étalée sur de nombreuses années elle aussi. Et que chaque anuité de contribuables puissent contribuer aux financements d'équipements qui vont durer pendant des années, durant tout le temps durant lequel ils pourront en profiter. Donc je pense que cette vision de l'orientation budgétaire qui voudrait limiter au maximum l'endettement vers le zéro, augmenter l'autofinancement au maximum, a des allures de vertu. Néanmoins, elles ne doit pas handicaper la capacité de la ville a intervenir sur des sujets majeurs qui concernent toute la population, à ne pas être en retrait sur des sujets comme le logement, pour laisser le secteur privé s'approprier une grande partie d'initiative et jouer le rôle finalement de régulation - de régulation : pas dans le bon sens - qui devrait revenir directement à la ville en intervenant sur un domaine politique comme celui là.
Alors, je vais juste intervenir sur des priorités qui semblent importantes de notre point de vue. Sachant qu'on accueille avec beaucoup d'enthousiasme les mesures qui sont annoncées ce soir par nos collègues et qui concernent les crèches et la petite enfance. D'autant plus que sur les bancs de l'opposition à plusieurs reprises, justement, des propositions de cette sorte avaient été faites depuis plusieurs années. Et je me souviens même avoir entendu à plusieurs reprise des sourires, des sarcasmes, quand ces propos revenaient de façon un peu trop récurrente dans cette assemblée. Donc aujourd'hui je ne crois pas qu'il y ait eu un débat houleux la fois précédente. Je crois que l'on peut se réjouir d'être sur la même longueur d'onde entre nous sur ce dossier. Et que cette priorité soit affichée pour la ville et pour sa jeunesse, c'est une excellente chose.
Par contre, le tableau n'est pas le même en ce qui concerne la politique des transports. Alors je ne vais pas revenir sur ce qui a déjà été dit plusieurs fois ici, à maintes reprises, et encore ce soir, sur les conséquences en terme d'urbanisme, sur la nécessité de le faire pour des enjeux environnementaux, de pollutions, pour la santé, pour le bien être des gens, pour la qualité de vie, parce qu'il y a trop d'embouteillages.
Ce sont aussi des enjeux financiers parce que nous faisons le choix de financer aujourd'hui des parkings ou de nouveaux équipements en termes de voirie, de pénétration de la voiture en ville, d'autoroutes qu'il va bien valoir aussi financer aussi sur les deniers des collectivités locales, contrairement à ce qui a toujours été promis. Eh bien ces choix financiers ne sont pas bons. Et au lieu de ça, nous laissons en jachère des domaines sur lesquels il y a des investissements qui sont urgents, et ils ne sont pas seulement urgents parce que cette ville en a besoin, parce que sa population en a besoin, mais parce que c'est une vrai nécessité qui va s'imposer à nous.
Et là, je vais m'éloigner un peu du contexte amiénois. Car il y a aussi une réalité géologique qui fait que le pétrole va coûter de plus en plus cher. La demande mondiale de pétrole est de plus en plus importante. Il y a des pays émergents - comme la Chine - qui en demandent de plus en plus. Les réserves tendent à baisser. L'amorce d'augmentation du pétrole qui s'est fait jour ces dernières semaines n'est que la première marche d'un escalier qu'il va falloir continuer de grimper. Et notre rôle, en tant que collectivité locale, s'est d'anticiper ces réalités géologiques et écologiques qui nous promettent demain des crises un peu plus dures que celle que nous connaissons aujourd'hui.
Des crises plus dures parce qu'aujourd'hui bon nombre de notre économie quotidienne ; que ce soit tout ce qui est importé dans le domaine marchand ; que ce soit les transports que nous utilsons ; beaucoup de choses reposent sur les énergies fossiles. Et, si nous n'anticipons pas - y compris au niveau de l'Etat mais aussi au niveau des collectivités locales - le fait que ces énergies vont être de plus en plus chères nous ne prenons pas nos responsabilités. Il y a donc aussi cet enjeu. Ce n'est pas seulement une question de qualité de vie mais une question de responsabilité.
Faire ce que font d'autres villes alors que ça leur réussit, ça reste très vrai mais c'est aussi parce que demain nous aurons besoin d'avoir d'autre modes de déplacements pour répondre à ce nouveau contexte économique. Aujourd'hui, on ne peut pas nier cette réalité géologique là qui va s'imposer à nous dans les années qui viennent. Et c'est aussi ce qui doit nous motiver aujourd'hui à faire un choix crucial, vraiment déterminant pour les villes d'avoir demain des équipements en terme de transports en commun et de déplacements qui vont permettre de ne pas être handicapés par un contexte économique complètement bouleversé. C'est pourquoi cette priorité est absolument fondamentale, et elle doit figurer dans une orientation budgétaire.
Tout à l'heure, vous me demandiez quelle était la priorité. Et bien, si vous n'avez toujours pas entendu, Madame le Maire, le fait que j'y revienne quasiment à chaque conseil municipal, que cette priorité en est une pour nous : la question des transports et des déplacements sur la ville ; je ne sais pas comment il faut le dire. Comment il faut le hurler. Comment il faut l'expliquer. Si vous n'entendez pas ça et bien voilà, je vous le dis et je vous le redis encore, c'est notre priorité.